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Après la guerre
La retour au pays et la réintégration à la fin de la Grande Guerre

Image: “13th Bn. men having a meal outside their dug-out. December, 1917” Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/O-2332

Image : 14e bataillon (Royal Montreal Regiment). Retour à Montréal après la Grande Guerre, le 18 mai 1919 / Collection CCGG / 2016.3.1.1-74



6 min

Après l'armistice de 1918, le long processus de réintégration des anciens combattants commence. Après cinq années passées dans des conditions de dureté et de violence inimaginables, ceux-ci sont confrontés de nouveau à leurs sociétés, familles et pays.
Ce défi sans précédent de réintégration, de soins et d’attention changera la société canadienne pour toujours.

Rentrer à la maison

Image : Palais de Buckingham, Londres / Collection CCGG / 2016.3.1.1-154

À la fin de la guerre, 250 000 soldats canadiens doivent être démobilisés. Même si l'armistice était signé, la disponibilité limitée des navires signifiait que les soldats devaient attendre des mois avant de pouvoir rentrer chez eux.
La priorité de l’armée canadienne à la fin de la guerre était de maintenir occupés les soldats en attente de leur retour. Des organisations comme le YMCA et le Maple Leaf Club ont fourni du divertissement, des salles de lectures et du logement, le tout dans l’attente de la démobilisation de ces soldats en Angleterre. L’Université Khaki, une initiative démarrée durant la guerre, proposa aux soldats de prendre des cours, ce qui a participé à leur réinsertion de retour au Canada.
A booklet and advertisement by the T. Eaton Company on goods, services, and buildings available to soldier settlers. The Soldier Settlement Board granted veterans up to 320 acres of land, loans for farm equipment, and live stock. This advertisement included illustrations of house and barn designs by the Soldier Settlement Board for its clients.

[brochure] Soldiers’ Land Settlement Scheme, 1919.
Musée canadien de la guerre
Hartland Molson Library Collection REF PAM UB 359 C2 S61 1919.

Le gouvernement canadien a créé le ministère fédéral du Rétablissement civil des soldats en 1918 afin d'aider les soldats qui rentraient au pays à s'adapter à leur vie à la maison. Les initiatives du Ministère comprennent les soins hospitaliers, l'aide à l'emploi, la formation professionnelle et un programme de pensions.

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Le soldat Arsène Bélanger et une femme inconnue, vers 1918-1919
Centre canadien pour la Grande Guerre
2014.05.01.01-02

Fifth and Seventh Batteries, CFA arriving in Montreal PQ for demobilization, 1919. Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-022997

« Vos expériences durant la grande guerre ne sont que des incidents dans votre carrière, mais ils seront significatifs dans la formation de votre caractère »
Oswald C.J. Withrow, Coming Back, 1919.
À la fin de la démobilisation, le YMCA a aidé 275 000 militaires en attente de leur retour au Canada.
Organisations communautaire & activisme

Image : Défilé des vétérans / Don de J. Viktor Taboika / Collection CCGG / 2017.06.61

Les organisations communautaires et militaires à la fin de la guerre avaient un objectif similaire: aider les soldats qui reviennent à se réadapter à la vie familiale et leur offrir de l'aide et des conseils tout au long de leur voyage de retour et au-delà.
« Nous apprécions les nobles actes de bravoure accomplis par nos soldats, qui, par leur conduite splendide, ont apporté un honneur éternel à eux-mêmes et à notre beau Dominion. »
Carte d'accueil de l'Association des femmes auxiliaires de la Grande Guerre, 1919.

Amputations Association [of the Great War] convention
Sept. 12, 1932.
City of Vancouver Archives
AM1535-:CVA99-4257

Des organismes comme le YMCA, le Great War Veterans' Association, l'Armée du Salut, la Croix-Rouge canadienne et le Club Khaki ont offert des services de soutien dont avaient grandement besoin les anciens combattants de retour au pays. Ces services pouvaient comprendre le placement dans des auberges, aux soins de longue durée, jusqu’à l’aide juridique.

Les bureaux de service ont offert aux soldats rapatriés de l'aide pour la recherche d'un emploi. Le Great War Veterans’ Association (GWVA) comptait 163 centres à travers le Canada pour aider les anciens combattants à présenter des demandes et pour les représenter au sein du gouvernement. Le GWVA a aidé les vétérans gratuitement, quel que soit leur grade et leur salaire pendant la guerre.

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[Carte d'abonnement] The Great War Veterans' Association of Canada [pas de date] / Centre canadien pour la Grande Guerre

Les groupes communautaires partageaient des objectifs similaires en aidant les soldats qui rentraient au pays. En 1925, une quinzaine de groupes communautaires se sont regroupés pour former la Légion canadienne de la Ligue de service de l’Empire britannique. En 1926, la Légion canadienne a été créée pour fournir des services aux anciens combattants de la Première Guerre mondiale; elle existe encore partout au Canada aujourd'hui.

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[programme] Canadian Corps Reunion Souvenir Program, 1938 / Centre canadien pour la Grande Guerre
Au cours de la période de 1919 à 1920, 5 000 soldats ont trouvé des opportunités d'emploi grâce à des organisations gouvernementales et de vétérans.

Blessures & invalidités

Image: Bataille de la crête de Vimy. 1917. Les Canadiens avancent. Des prisonniers allemands transportent nos blessés / Collection CCGG / 2016.3.1.1-126

À la fin de la Grande Guerre, environ 172 000 soldats canadiens ont subi des blessures pendant leur service. Celles-ci allaient de blessures mineures à des amputations, défiguration, ou à une maladie mentale invalidante. La question de la prise en charge sur une longue durée de ces militaires rapatriés fut alors un enjeu de première importance.

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« Making articial limbs for crippled soldiers of our allies »
Hangar Articial Limb Company, 1917
Centre canadien pour la Grande Guerre
2017.06.01

« La prise en charge des marins et des soldats handicapés pendant la guerre est un devoir qui devrait être assumé par l'État. »

dans « Emploi pour les marins et les soldats handicapés à la guerre »
Ces soins ont finalement été divisés en deux branches; l’une publique, via le gouvernement fédéral, l’autre privée, via des sociétés et des organismes de bienfaisance. Les pensions offertes par la Commission des pensions étaient réservées aux anciens combattants souffrant d'une blessure liée à la guerre, avec un ajustement en fonction de leur rang et de leur position. Elles leur étaient versées à la fin de chaque mois et pouvaient être révisées à la discrétion de la Commission des pensions.

Des groupes de bienfaisance comme le War Amputations Club (maintenant les Amputés de guerre) et l'Institut pour les aveugles de guerre, ont fourni des soins supplémentaires aux anciens combattants blessés. À la fin de la Première Guerre mondiale, environ 3 460 soldats canadiens avaient subi des blessures entrainant des amputations, et une cécité permanente pour 200 d’entre eux.

Environ 12 % des soldats invalides qui sont revenus au Canada ont souffert de blessures psychologiques.

Victory Over Wounds
The Soldier’s Return. [1914-1918]
Bibliothèque et Archives Canada
Acc. No. 1983-28-697

Soutien gouvernemental

Image : Fête du Travail. Cologne. 1918 / Collection CCGG / 2016.3.1.1-106

Le gouvernement canadien a compris que les soldats qui revenaient au pays avaient besoin de programmes pour les aider à réintégrer la société canadienne, car les gestes philanthropiques ne suffisaient plus à leurs besoins.

Japanese Veterans Association, c. 1918.
The Nikkei Museum, NNM1994.70.27

La Loi de l'impôt de guerre sur le revenu a été introduite en août 1917 à titre temporaire afin de fournir au gouvernement fédéral les fonds nécessaires pour aider les vétérans en matière d’emploi, de logement, de soins médicaux, ainsi que pour leurs pensions et allocations.

La mesure était tellement efficace que le gouvernement a décidé de la maintenir après la guerre, ce qui constitue la base de la Loi de l'impôt sur le revenu que nous avons actuellement. Les fonds collectés en vertu de la Loi ont été affectés à l'expansion des programmes sociaux dont une grande partie était dirigée vers les soldats et leurs famille dans les années suivant la guerre.

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[brochure] A Message from the Canadian
Embarkation Camp, Havre [pas de date]
Centre canadien pour la Grande Guerre

« C'est un nouveau départ dans les méthodes canadiennes de collecte de fonds à des fins fédérales. »

Easton R. Burns dans The Income War Tax Act 1917: A Digest, 1917.

En 1917, le gouvernement canadien a créé le Soldier Settlement Board (SSB), qui fournissait aux vétérans des terres agricoles exploitables dans l'Ouest canadien. Les anciens combattants pouvaient obtenir gratuitement 160 acres de terre s'ils y résidaient six mois par année pendant une période de trois ans. Les terres fédérales avaient toutefois un coût; une grande partie des terres offertes appartenaient aux autochtones des Prairies, qui ont perdu leur juridiction en faveur des soldats qui revenaient au pays.

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Speedwell [Hospital] Convalescent Ward
[Department of Soldiers Civil Re-establishment, c. 1918]
Peake & Whittingham / Bibliothèque et Archives Canada / PA-068096

Suite à la mise en place de la Loi d’établissement des soldats plus de 85 000 acres de terres autochtones furent cédées et vendues à des soldats rapatriés non autochtones.

Le coût de la guerre

Image : 14e Battalion (R.M.R.) / Collection CCGG / 2016.3.1.1-98
« Le Canada vous aidera de toutes les façons possibles pour vous réinsérer dans la vie civile MAIS la mesure de ce que le Canada peut faire pour vous dépendra de la mesure de vos propres efforts dans cette direction. »

Le ministère du Rétablissement des soldats, Information and Service Handbook for Members and Ex-Members of the Canadian Naval and Military Forces (1919)

Survivre à la guerre venait avec son fardeau. Le soldat Thomas Austin Bradford et son frère William Colborne Bradford se sont engagés dans l’armée canadienne respectivement en 1916 et 1915. Les deux survirèrent à la guerre mais ne s’en sont jamais remis. Colborne connaitra des problèmes d’alcool, tandis qu’Austin sera retrouvé mort en septembre 1929, alors qu’il travaillait comme pompier au Manitoba. Sa famille continue de penser qu’il s’est suicidé.
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Le soldat William Colborne Bradford, vers 1915.
Don de B. Bradford,
Centre canadien pour la Grande Guerre, 2017.03.01

[livre] Twenty Years After, Maj. Gen. sir Ernest Swinton, redacteur, vers 1938.
Centre canadien pour la Grande Guerre

Angus Goodleaf, membre de la Nation mohawk originaire de la communauté de Kahnawake, s’est engagé en en 1916 et fut sérieusement blessé en août 1917. Goodleaf a d’abord reçu une pension de la Commission des pensions, mais à la suite d’une décision prise en 1931 transférant l’administration des pensions au ministère des Affaires indiennes, il n’était plus admissible au même montant.

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Le soldat Angus Goodleaf, vers 1914-1918.
Prêt de M. Goodleaf

Dans une lettre de 1933 concernant le cas du soldat Goodleaf, le surintendant des Affaires indiennes écrit [traduction de l’anglais par le Centre canadien pour la Grande Guerre] :
« Nous ne sommes pas en mesure de traiter les anciens combattants avec autant de générosité que les Blancs le sont par le Comité des allocations de la Commission des pensions. »

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